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Lettre ouverte d'une bénévole des Jeux de Neige

jeudi 4 décembre 2008, par Une bénévole

128 bénévoles ont été recrutés par la mairie de Grenoble pour assurer le bon fonctionnement des Jeux de Neige (4-6 décembre). L’une d’entre eux a réalisé, lors de la réunion de préparation, l’ampleur de la manipulation organisée par la Ville. Elle a jugé nécessaire de faire savoir comment, au nom de l’idéal olympique et de la "fête", on ment aux Grenoblois, on instrumentalise la population et on réprime la libre expression.

Voici la lettre ouverte qu’elle a adressée à tous les bénévoles et au Comité Anti-Olympique. Nous publierons volontiers tous les autres témoignages de déserteurs et d’objecteurs de conscience.


Cher-es bénévoles,

Je suis l’une d’entre vous. Comme vous j’ai participé au briefing de mardi soir à la mairie de Grenoble. J’aimerais revenir sur plusieurs point abordés pendant cette soirée et qui m’ont posé problème. Je vous prie de me lire jusqu’au bout.

D’abord, Sara nous a remerciés pour notre engagement et notre présence ; apparemment nous sommes 128 bénévoles. Autant dire une sacrée économie pour la mairie de Grenoble qui débourse déjà 400 000 euros pour l’organisation des JDN. On ne peut pas lui en vouloir, sachant que pour rentrer dans ses frais elle a déjà augmenté les impôts de près de 10 pour cent. Sara a beaucoup insisté sur le fait qu’il fallait prendre soin de nous. Certains d’entre nous pourront se reposer toutes les 3 h et on nous fournira un T-shirt et une veste "Jeux de Neige". Tout ça c’est très bien d’autant qu’ils prévoient de nous les offrir en guise de "dédommagement". Mais est-ce que ça ne cache pas autre chose ?

Comme nous l’a expliqué Pierre-Emmanuel par la suite, nous devrons être visibles et ce n’est pas pour rien (d’ailleurs quelqu’un a précisé qu’on ne pourrait pas participer aux JDN sans notre tenue). Comme nous serons visibles nous serons les plus exposés aux questions parfois embarrassantes des citoyens et des opposants. Naturellement on nous a préparés à passer ces mauvais moments et à répondre aux deux questions qui nous seront le plus posées.

Aux questions d’ordre "écologique" (d’où vient la neige ?… comment est-elle fabriquée ?… est-ce que ça n’est pas polluant ?…) on nous demande d’apporter une réponse du type : "Faire venir la neige aux Grenoblois est plus écologique que de faire venir les Grenoblois à la neige". C’est vrai mais hyprocrite.

D’une part les JDN existent uniquement pour promouvoir les Jeux Olympiques à Grenoble en 2018… et ça n’a rien d’écolo. Partout où ils sont passés, les JO d’hiver ou d’été ont laissé l’environnement dans un triste état, ont accéléré la construction de bâtiments et d’infrastructures souvent inutiles, avec l’argent des contribuables et en expropriant massivement les plus pauvres. Et ça serait venir en aide aux Grenoblois les moins riches ? Si on prend l’exemple des JO de 92 à Albertville, le bilan est effrayant, avec un déficit et un endettement massif pour les collectivités. Quant à leur bilan écologique, il suffit d’aller faire un tour du coté de Courchevel ou de la cuvette d’Albertville pour constater l’ampleur du bétonnage olympique.

A la question -"Est-ce que les JDN instrumentalisent la population ?" (c’est bizarre, non ? Pourquoi les Grenoblois nous poseraient-ils cette question à votre avis ?), nous devons répondre avec un sourire niais : "Non, les JDN n’ont rien à voir avec la candidature de Grenoble aux J.O, et blablabla". Alors qu’on sait tous très bien pourquoi cet événement a lieu. On nous l’a suffisamment expliqué dans la présentation : pour montrer la capacité de la ville à organiser des événements d’ampleur comme les JO. D’ailleurs Christophe Dubois, le responsable technique, qui n’a pas du entendre le début du discours, a mis les pieds dans le plat en soulignant que les JDN sont là pour promouvoir les JO et que nous seront observés tout au long des trois jours par la Fédération internationale de Ski… et peut-etre le Comité national olympique ? Donc on nous demande de mentir aux Grenoblois.

D’autre part ces JDN se veulent une fête populaire, qui s’adresse aux habitants de l’agglo les moins favorisés. Ceux qui ont le moins accès à la montagne. Ceux justement qui payent le plus cher la hausse des impôts décidée par la mairie de Grenoble. Là encore c’est hypocrite. Dans le même temps la mairie réduit son financement pour les sorties ski des enfants des MJC, qui justement n’ont pas les moyens de profiter de la montagne. Je le sais, pour travailler dans ce secteur, croyez-moi : les Jeux de Neige n’ont pas la cote auprès des animateurs, que l’on oblige à embrigader les enfants avec des macarons à colorier pour la parade de vendredi. Ils auraient préféré que l’argent public soit dépensé pour faire sortir les gamins de la ville le mercredi.

Et puis on nous parle d’un événement gratuit mais les 1,8 M€ investis par les collectivités pour les JDN proviennent directement de nos impôts. Il faut bien payer la neige transportée en camion, les compagnies de rue, la pub partout, les champions qui "parrainent" la candidature de Grenoble (30 000 € pour Florence Masnada)… à défaut de nous payer nous. N’oublions pas bien sur la soirée techno à la Bastille où le gratin devra en plus payer 20 € pour voir Laurent Garnier.

Un dernier point. Certains d’entre vous l’ont peut-être appris : lundi soir, la veille de notre réunion en mairie, deux personnes qui collaient des affiches aux alentours de l’anneau de vitesse ont été violemment interpellées par des vigiles des JDN et remises aux forces de l’ordre. Elles ont passé la nuit en cellule, menottées et fouillées au corps. Pour avoir collé des affiches ! Voila le vrai visage de la fête populaire et des Jeux de Neige. Avez-vous vraiment envie de cautionner ce genre de pratique ?

La soirée à terminé par cette phrase : "Ensemble faisons des JDN votre évènement." ça sera dur.

Je sais que les VIP auront des petits fours et du champagne (dixit Sara)… Nous, on a du se contenter de jus d’orange et d’amuse-gueule bas de gamme, à la mesure de l’estime dans laquelle la mairie nous tient.

Ne nous contentons pas du "Sourire, professionalisme et respect" qu’on nous demande. Soyons critiques. On se sert de nous. Exigeons la vérité sur les JDN ou sabotons-les !

Une bénévole


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