Moins vite, moins haut, moins fort.
Accueil du site > Comité Anti-Olympique > Documents > Les tentations de Jean-Claude Killy

Les tentations de Jean-Claude Killy

mercredi 29 octobre 2008, par CAO


Connaissez-vous Killy ? L’homme-sandwich ? Le vendeur de bagnoles ? Le bureaucrate du CIO ? Le membre du conseil de surveillance de Coca-Cola et de Rolex ? Le représentant de commerce d’Albertville, Val d’Isère ou Grenoble auprès du show biz sportif mondial ?

Non. L’autre Killy, celui dont Hunter S. Thompson, l’inventeur du journalisme foutraque, a écrit le portrait subtil et triste. Killy à 26 ans, triple médaillé olympique et jeune homme perdu, faisant son apprentissage de vendeur de "produits" chez Chevrolet, pour le compte de Mac Cormack. "Le trouver piégé dans une si piteuse bringue, bière et hot-dogs, c’est comme se paumer dans une kermesse de HLM et tomber sur Jacqueline Kennedy Onassis en train d’essayer de fourguer des potages en sachets (…) Tout ce qu’il dit est filtré et programmé. Il évoque un prisonnier de guerre qui répèterait docilement ses nom, grade et matricule… avec un sourire tout aussi docile (…) Jean-Claude est un bon soldat ; il accepte bien les ordres et apprend vite. Il ferait une carrière rapide dans n’importe quelle armée. Killy réagit ; penser n’est pas son turf."

Quarante ans plus tard, le soldat Killy arrive au bas de la pente. Il parle plus volontiers aux respectueux pisse-copies du Daubé qu’à l’insolent Thompson qui le traitait simplement d’égal à égal. Il parle "produits", évoque ce temps qu’avec une justesse aigüe Thompson appelait "les tentations de Killy". "Depuis j’ai travaillé pour plus de 100 compagnies dont j’ai gardé tous les contrats pour me marrer (…) On a créé un métier, je crois (…) C’est comme si, aujourd’hui, vous vous retrouviez intégré aux meilleurs tennismen du monde développant un métier, écrivant les premiers contrats avec les entreprises, animant des séminaires de motivation de cadres, s’investissant dans des œuvres de charité, développant des golfs aux quatre coins du monde." (Le Daubé, 17 mai 04) Pathétique.

Au passage, Killy nous explique à quoi servent les Jeux Olympiques. "L’ambition c’était de faire avancer la Savoie. Michel (Barnier) étant planté sur l’autoroute, sur l’hôpital d’Albertville, sur l’électrification de la voie ferrée et cela semblait devoir trainer 20 ans. On était candidats pour faire bouger les choses." (Id.) Une ambition d’entrepreneur en BTP.

Malgré toute sa "réussite", son argent, son importance, Killy a plus que jamais sur cette photo de 2004, le visage d’un vieux jeune homme égaré, apeuré et incertain. Par compassion, on aimerait croire que le "vrai Killy" est celui qui avoue - comme un regret ? – comme à regret ? - "Avant tout, on aimait le ski, la poudreuse, descendre à fond dans un couloir." (Le Daubé, 6 février 08) Comme n’importe quel môme d’aujourd’hui en extase sur ses planches. Mais on est ce qu’on fait, et ce qu’a fait Killy, c’est de rendre inévitable et irrésistible aux mômes d’aujourd’hui la perspective de fourguer leur extase à un sponsor, dans l’espoir de devenir des mascottes à fric.

L’article de Hunter S. Thompson - à lire ci-dessous - a été publié dans le Scanlan’s Monthly, vol.1 n°1, mars 1970 et traduit aux Humanoïdes Associés.

Documents joints


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP