Moins vite, moins haut, moins fort.
Accueil du site > Comité Anti-Olympique > Actualités > Le Comité des Jeux, c’est la Chambre de Commerce et d’Industrie

Le Comité des Jeux, c'est la Chambre de Commerce et d'Industrie

vendredi 31 octobre 2008, par Un petit entrepreneur


Au départ, l’association de soutien à la candidature de Grenoble créée par la Chambre de Commerce et d’Industrie devait s’appeler "Pro JO". Mais le terme "olympique" étant réservé aux comités officiels (Comité International Olympique, Comité National Olympique et Sportif Français), les patrons grenoblois s’en sont vu interdire l’usage. Marque déposée et propriété industrielle, c’est ça l’esprit olympique. Nous dirons donc désormais, "Pro Grenoble 2018".

L’Assemblée générale constitutive de cette association avait lieu mercredi 29 octobre 2008 à la CCI. Environ 150 patrons avaient répondu à l’appel de Gilles Dumolard, le président de la CCI, soit deux fois moins que pour la soirée de lancement de septembre. Il parait qu’il y avait un match du GF 38 le mercredi soir, et les sportifs patrons avaient choisi le Stade des Alpes.

C’est une soirée "entre amis", déclare Dumolard qui joue les Papagalli - accent dauphinois, blagues subtiles pour amuser la galerie.

D’abord, la liste des membres proposés pour le bureau de l’association. Surprise : parmi les attendus représentants du Medef, de la CPGME, de la Fédération du BTP, de l’ordre des Avocats, de presque tous les syndicats professionnels ou de Minatec, on trouve à la tête de "Pro Grenoble 2018" "Le Dauphiné Libéré", les "Affiches de Grenoble et du Dauphiné" et "Télégrenoble". Voilà qui nous rassure sur le traitement que les principaux médias de la cuvette réserveront à la candidature, à ses promoteurs et à ses opposants.

Rien de nouveau pour les Affiches, journal des notaires, du BTP et des marchés publics, lèche-bottes officiel de la notabilité locale. Ni pour Télégrenoble : chaque jour dans "C Direct", Thibault Leduc (accompagnateur de Michel Destot en moyenne montagne) tient le décompte des jours avant l’espérée cérémonie d’ouverture des JO de 2018 à Grenoble.

Le soutien du Daubé aux JO n’est ni nouveau ni surprenant mais qu’il se dissimule à ce point est significatif. Ses lecteurs ne sont pas informés des responsabilités de leur journal dans le lobbying des JO. On appelle ça une escroquerie. Nombre de journalistes du Daubé se disent "neutres" et indépendants des autorités. Dernièrement, suite à une intervention de la section grenobloise de la BIFF (Brigade Internationale des Fatals Flatteurs) après un article de Grenews.com (Daubé édition jeunes) (1), la rédaction s’était fendu d’un communiqué pour se défendre de toute prise de position vis-à-vis des JO (2). Le soutien officiel mais caché de leur employeur à la candidature grenobloise risque de contrarier ses journalistes qui - hélas ! - ne pourront plus couvrir ce sujet avec l’honnêteté, la rigueur et l’esprit critique auxquels ils nous ont habitués.

Retour à la soirée. Statuts, bureau et Conseil d’Administration sont votés à l’unanimité, après une présentation au pas de course et sans explication. Une vision de la démocratie, sans doute en hommage au régime chinois, hôte des derniers J.O. Mais Dumolard avait une excuse en or pour sa précipitation : la semaine d’avant, le préfet de l’Isère, Michel Morin, l’avait taquiné  : "Dîtes-donc Monsieur Dumolard, on entend beaucoup parler de votre association, mais je n’ai toujours pas vu ses statuts sur mon bureau..." Ah, cette jovialité entre les pouvoirs étatiques et économiques !

Suite des interventions. Un membre de "Territoires Conseil", une boîte de "conseil en marketing sportif", consultée par Pro Grenoble 2018, dévoile une stratégie visionnaire : "Il faut faire du buzz". Il prépare pour les patrons des milliers de "packs" comprenant tee-shirts, badges et casquettes pro-JO, destinés à être distribués dès début décembre.

Stéphane Siebert, adjoint aux JO à la Ville de Grenoble, exprime sa satisfaction de la mobilisation du monde économique avant de développer la "stratégie argumentaire" que chacun est censé répéter :

  • la candidature de Grenoble est légitime (elle a déjà eu les JO),
  • le projet olympique se conjugue avec un projet de territoire (les JO achèveront la destruction de la cuvette),
  • la candidature s’appuie sur un tissu économique dynamique, le 2e de France (les jeux sont affaire de gros sous).

Le même Siebert, et Delphine Chenevier, chargée de mission sur les JO au cabinet du maire, insistent sur la nécessaire "montée en puissance" et sur l’obligation de concentrer les forces pour de "grands coups" (comme les Jeux de la Neige début décembre). Delphine Chenevier annonce également le soutien à Grenoble 2018 des éditions Nivéales (divers magazines de montagne, grimpe, ski, tourisme...). Incroyable coïncidence : son mari, Jean-Marc Chenevier, est rédacteur en chef de Grimper, l’un de ces titres.

Didier Rambaud, adjoint aux J.O au Conseil Général de l’Isère, annonce, dans le prochain Isère Magazine, des coupons-réponses sur les JO afin de "réussir à mobiliser un million d’Isérois." (La réponse est "oui". Quelle est la question ?)

Une dame relève la légèreté de l’argumentation et des stratégies de communication. Dumolard se hâte de lui répondre qu’effectivement c’est un peu léger pour l’instant, mais qu’il faut que des communiquants se réunissent avec le Daubé, les Affiches et Télégrenoble pour élaborer une stratégie. Ca tombe bien, une dame du "club des communiquants de Grenoble" assure que son club se met à l’entière disposition de l’association.

Sur ce, Gérard Balthazard, nouveau directeur de Télégrenoble, annonce qu’il se servira également de sa seconde casquette (président de Grenoble Isère Métropole Patinage) pour promouvoir Grenoble 2018 en organisant un gala avec Brian Joubert et Soria Bonali fin janvier prochain. C’est quand même bien commode, tous ces cumuls de titres et de responsabilités.

Dernière intervention de Dumolard. Il est question d’argent et le patron de la CCI assure "ne pas aimer en parler". Enfin, il faut bien se résoudre à ces basses tâches, et ouvrir un compte en banque à la nouvelle association. Monsieur Dumolard raconte, fier de sa méthode : "Je suis allé voir un banquier et lui ai demandé : "Si on ouvre un compte chez toi, qu’est-ce-que tu fais ?". Il m’a répondu "je te donne 5000 euros". donc je me suis dit que c’était pas mal - pour cette année - et j’ai donc ouvert un compte à la Banque Populaire des Alpes qui est déjà crédité de 5000 euros." Quand on pense qu’il y a encore des gens pour se plaindre de leur banquier.

Bouquet final de M’sieur Dumolard : "Si en mars on est retenus, je vous assure qu’après on fera la fête et qu’on boira pas que de l’eau. Faut qu’on se marre, aussi."

Après quoi, chacun est reparti gavé de petits fours et d’idéal olympique.

Un petit entrepreneur

Le 31 octobre 2008

(1) voir http://www.grenews.com/actu/politique/jo-de-2018-ca-y-est-c-est-vraiment-parti.html

(2) http://www.grenews.com/actu/politique/la-redaction-de-grenews-vous-fait-des-bisous.html


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP