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JO 2018 à Grenoble : plus lâche, plus cynique, plus cupide

samedi 8 novembre 2008, par T’as vu ta ville ?


Communiqué de la Ville de Grenoble, 7 avril 2008

"En soutien au peuple tibétain opprimé par les autorités chinoises, Michel Destot, maire de Grenoble, et son conseil municipal, annoncent le retrait de leur candidature pour les Jeux Olympiques de 2018. "L’attitude de la communauté internationale, du Comité International Olympique et des sportifs lors de la violente répression chinoise au Tibet, à quelques mois des Jeux de Pékin, prouve que l’idéal olympique de fraternité et de solidarité est balayé par les enjeux économiques et la vanité des athlètes. Grenoble, ville Résistante, condamne ce dévoiement et retire sa candidature pour les Jeux d’Hiver de 2018. Elle affirme par ce geste fort sa solidarité avec le peuple tibétain, et invite les autres villes candidates à suivre son exemple, afin de renouer avec les valeurs olympiques", ont déclaré Michel Destot et Stéphane Siebert, adjoint au Développement durable et aux Jeux Olympiques."

Évidemment, ce communiqué n’a pas été publié par la mairie de Grenoble. Au contraire, Michel Destot accuse sur son blog le Premier ministre chinois d’encourager "une frange radicale de la population tibétaine à s’élever contre le dalaï-lama et à user de la force". Vérifiez , ce sont les propres mots du maire de Grenoble-la-Résistante.

Voyez l’homme de componction et du juste milieu réprouver les excès et les malentendus sino-tibétains : "Je ne peux que déplorer ces manifestations violentes qui illustrent les frustrations d’un peuple laissé pour compte. Je ne peux que regretter que l’Armée chinoise admette avoir tiré à balles réelles sur des civils. Mais, je refuse d’assister impuissant, à une tragédie (coups de double menton de Destot derrière l’écran de son blog). Il n’y a point de salut dans la violence (dixit le maire d’une ville "Compagnon de la Libération" qui met sur le même plan la résistance des manifestants tibétains et la répression de la soldatesque chinoise). À quelques mois des prochains Jeux Olympiques d’été, le régime chinois a tout intérêt à proposer un dialogue constructif à celui qui incarne toujours le Tibet, le dalaï-lama."

Destot, conseiller en relations publiques de la dictature capitalo-bureaucratique chinoise.

Les affaires d’abord. Pour quelques Airbus et centrales nucléaires, ce lundi 7 avril Paris devient Pékin : 3000 policiers quadrillent les 28 km du parcours de la flamme olympique, dont les valeurs de paix et de fraternité sont relayées par des dizaines de motards, des policiers en rollers, des agents des Renseignements généraux, deux colonnes de véhicules de la sécurisation de la police parisienne, 32 véhicules de CRS, trois vedettes de la brigade fluviale de la préfecture de police, la garde républicaine à cheval et un hélicoptère "pour un monde meilleur".

Rien pour choquer les Grenoblois, qui en 1968 confièrent leur ville à l’armée, "cheville ouvrière des J.O. de 1968. 7000 soldats furent mobilisés pour assurer la réussite des Jeux."

Rien pour choquer les entrepreneurs isérois, qui cette semaine entamaient à Inovallée un cycle de formation "Développer ses affaires avec la Chine". Tandis que Soitec, la start-up du CEA, "part à la conquête de l’Empire du Milieu".

Les Grenoblois, d’après le maire, sont massivement candidats aux J.O de 2018, quels que soient les niaiseries, les bassesses et les crimes couverts du pavillon olympique.

Destot : "une candidature en 2018 est une formidable opportunité pour notre ville, pour répondre notamment à nos besoins majeurs comme le logement, le désenclavement de notre ville et le développement des infrastructures de transports publics" ; "une formidable opportunité pour la montagne française, confrontée à une concurrence mondiale en matière de développement sportif, économique et touristique."

Admirez la cupidité et la rouerie formidables de l’élu qui joue sur ce qu’il y a de plus bas et de plus banalement avide dans la population.

"Selon le maire, l’équivalent de 4000 logements devraient être construits pour l’accueil des JO. D’autre part, ce serait une "aubaine" pour obtenir une véritable ligne ferroviaire à grande vitesse et pour électrifier le sillon alpin de la vallée du Grésivaudan, un chantier qui s’étalerait sur une vingtaine d’années dans des conditions normales."

Fait-il vibrer, cet idéal olympique qui mettra à genoux les concurrents mondiaux de la montagne française et remplira les poches de nos loyaux et fraternels chefs d’entreprises, commerçants et développeurs touristiques dauphinois ! On ne laisse pas filer une telle aubaine. Les Tibétains et les opposants chinois au régime de Pékin devraient de toute urgence adhérer aux valeurs de l’olympisme, et calmer leur "frange radicale" qui par sa violence obère nos formidables opportunités.

Lâcheté, cupidité et cynisme sont les vraies valeurs de l’olympisme. Pour ne pas menacer sa candidature aux JO de 2018, Destot ne risque pas un mot contre ceux de Pékin, ni contre les autorités olympiques. L’enjeu est trop important : faire payer par l’État, les sponsors et les Grenoblois ravis qu’on parle de leur clocher à la télé mondiale, la prochaine vague de destruction du territoire.

On ne refera pas ici le procès des J.O, machine à fric, école de la compétition, de la gloriole et de la soumission, spectacle et divertissement à l’usage du décervellement planétaire (voir "Les saignées des anneaux", B. Récens, janvier 2008). Mais il est parfois plaisant de souligner l’ordinaire veulerie de nos élus.

Selon Bernanos, "les démocraties ne peuvent pas plus se passer d’être hypocrites que les dictatures d’être cyniques." On voit qu’elles peuvent être les deux à la fois, pour leur mutuel bénéfice.

T’as vu ta ville ? Grenoble, le 6 avril 2008

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